La question du délai arrive toujours en deuxième, juste après celle du prix. Et elle est plus révélatrice. Un cabinet qui te propose trois mois d'audit ne vend pas un audit : il vend une mission de conseil qui s'auto-alimente. Sur une PME ou une direction métier, deux à quatre semaines suffisent, à condition d'accepter un périmètre net.
Semaine 1 — Entretiens et cartographie
L'objectif de la première semaine est de comprendre comment le travail se fait vraiment, pas comment il est censé se faire.
Concrètement : entre huit et quinze entretiens de quarante-cinq minutes, répartis entre la direction, les responsables métier et surtout les personnes qui exécutent. Ce dernier groupe est le plus important et le plus souvent oublié. Ce sont eux qui connaissent les contournements, les fichiers parallèles, les relances qu'ils font à la main tous les vendredis.
En parallèle, je demande à voir les choses : un écran partagé vaut trois descriptions. Et je suis un dossier de bout en bout — une commande, une candidature, un devis, selon le métier — en notant chaque passage de main et chaque temps d'attente.
À la fin de la semaine, j'ai une carte des processus, une liste brute de pistes, et une idée assez précise de l'état des données.
Semaine 2 — Analyse, faisabilité, chiffrage
La deuxième semaine se fait plus au calme, avec des allers-retours ciblés.
Pour chaque piste retenue, je vérifie trois choses : la donnée est-elle accessible en vrai, le résultat est-il évaluable, et une équipe existe-t-elle pour reprendre l'outil ensuite. Ces trois filtres éliminent facilement la moitié de la liste initiale. C'est le but.
Vient ensuite le chiffrage. Je préfère les fourchettes assumées aux faux calculs précis. Pour un cas d'usage, on estime la fréquence du geste, le temps unitaire, et on pose une hypothèse de gain — mettons trente pour cent du temps de saisie, à valider en test. L'hypothèse est écrite comme telle, pas maquillée en résultat.
Côté conformité, je repère les cas d'usage qui touchent des données personnelles ou des décisions ayant un effet sur des personnes, et je les signale comme demandant un regard juridique. L'AI Act impose des obligations qui varient selon le niveau de risque du système ; ce n'est pas au consultant produit de trancher ça, mais c'est à lui de ne pas le laisser passer. Ce n'est pas un avis juridique.
Semaines 3 et 4 — Restitution et arbitrage
La restitution n'est pas une présentation, c'est une séance de décision. J'arrive avec des chantiers classés et je repars avec des arbitrages signés.
Le format qui marche le mieux : une première session de travail avec les responsables métier pour challenger la priorisation, puis une session courte avec la direction pour trancher le budget et nommer les propriétaires. Séparer les deux évite l'effet « personne ne contredit le patron devant tout le monde ».
Sur un périmètre restreint, tout ça tient en trois semaines. Sur un périmètre multi-directions, quatre. Au-delà, quelque chose ne va pas dans le cadrage.
Les livrables
Ce que tu dois recevoir, quel que soit le prestataire :
- La cartographie des processus étudiés, avec les ruptures et les temps d'attente identifiés.
- La liste des cas d'usage, y compris ceux écartés, avec la raison de l'écartement. C'est souvent la partie la plus utile six mois plus tard.
- Une fiche par cas d'usage retenu : gain visé, données nécessaires, complexité, propriétaire, critère de succès.
- La feuille de route séquencée, avec les points de décision.
- Le budget estimé par chantier, en fourchette.
- Ce qui ne demande pas d'IA : les corrections de processus, les fonctionnalités déjà payées et non utilisées, les doubles saisies à supprimer.
Ce dernier point mérite une ligne à part dans le contrat. Sinon il disparaît, parce qu'il ne vend rien.
Pourquoi allonger l'audit coûte cher
Un audit long produit un document plus épais et un résultat plus faible. Trois raisons.
D'abord, l'élan retombe. Les gens que tu as interrogés en semaine 1 attendent de voir ce que ça donne. Si la restitution arrive dix semaines plus tard, ils ont conclu que ça n'irait nulle part, et ils ont raison de le penser.
Ensuite, le contexte bouge. Un chiffrage fait sur l'organisation de janvier ne vaut plus rien après une réorganisation en mars.
Enfin, la précision supplémentaire est illusoire. Passer de quinze à quarante entretiens ne change pas les conclusions, ça les confirme. Tu paies la confirmation au prix de la découverte.
La bonne façon de gagner en profondeur n'est pas d'allonger l'audit : c'est de raccourcir le délai jusqu'au premier chantier réel, qui t'apprendra plus que dix entretiens de plus.
Si tu ne dois retenir qu'une chose
Fixe la date de restitution avant de démarrer, et fais-la figurer dans la proposition. Une date qui tient force à trancher le périmètre au bon moment, c'est-à-dire au début. Et prévois dans la foulée un créneau pour le premier chantier : l'audit ne vaut que par ce qui commence la semaine d'après.