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    16 juillet 2026 · roadmap · stratégie produit · IA

    Une roadmap produit quand l'IA change tous les trois mois

    Verrouiller le problème, la population, le critère de succès et la date de décision, et laisser ouverts l'outil, le fournisseur et l'architecture.

    Par Marie Van Haecke

    Une roadmap qui liste des briques techniques sur douze mois est périmée avant d'être diffusée. Une roadmap qui liste des problèmes à résoudre tient plusieurs années. La différence ne coûte rien à l'écriture ; elle change tout dans la manière dont l'équipe encaisse les nouveautés du marché.

    Ce n'est pas propre à l'IA, mais l'IA rend la faute plus coûteuse : la couche technique bouge assez vite pour invalider un engagement pris deux trimestres plus tôt.

    Ce qui se verrouille, ce qui reste ouvert

    Je découpe chaque ligne de roadmap en deux moitiés qui n'ont pas le même statut.

    Ce qui est verrouillé : le problème, la population concernée, le critère de succès et son seuil, la date à laquelle on regarde le résultat. Ces quatre éléments ne changent pas en cours de route sans une décision explicite, tracée.

    Ce qui reste ouvert : la brique technique, le fournisseur, l'architecture, et parfois même le fait qu'il y ait de l'IA dedans. Ce sont des moyens. On les choisit au dernier moment responsable, avec l'information de ce moment-là.

    Concrètement, une ligne de roadmap ressemble à ça :

    Problème : les demandes de devis attendent en moyenne plusieurs jours avant d'être traitées, et une partie se perd. Population : les six personnes de l'équipe commerciale. Succès : le délai médian passe sous vingt-quatre heures sans dégrader le taux d'erreur de saisie. Point de décision : fin du deuxième trimestre.

    Aucun nom de produit, aucun modèle, aucun mot-clé technique. Cette ligne est finançable, arbitrable, et elle survit à trois changements d'outil.

    Structurer en paris, pas en livrables

    Chaque chantier IA est un pari : on croit qu'une approche donnée résoudra le problème, à un coût acceptable. Autant l'écrire comme tel.

    Un pari se formule en quatre parties : ce qu'on croit, ce qui le rendrait faux, ce qu'on met sur la table, et quand on regarde. La troisième partie est la plus importante — elle borne la mise.

    • Pari : un traitement automatique des pièces jointes permettra de qualifier 70 % des demandes sans intervention.
    • Ce qui le rendrait faux : les pièces sont trop hétérogènes, ou le taux de correction reste tel que personne ne gagne de temps.
    • Mise : deux personnes, six semaines, un plafond de dépense mensuel fixé à l'avance.
    • Échéance de revue : à la fin des six semaines, avec le jeu d'évaluation en main.

    Cette formulation change la nature des réunions de suivi. On ne demande plus « où en est le chantier », on demande « qu'est-ce qu'on a appris qui rend le pari plus ou moins probable ». C'est une conversation beaucoup plus honnête, et elle rend l'arrêt possible sans que quiconque perde la face.

    Trois horizons, pas douze mois de détail

    Je structure en trois plans, avec des niveaux de précision volontairement différents.

    En cours — un trimestre. Peu de chantiers, chacun avec un propriétaire, un critère de succès et une mise bornée. C'est la seule partie qui engage.

    Ensuite — les deux trimestres suivants. Des problèmes classés par priorité, sans solution associée. On sait pourquoi ils comptent, on ne sait pas encore comment on les traitera, et c'est assumé.

    Plus tard — le reste. Une liste de problèmes reconnus, sans ordre ferme. Son utilité est d'exister : elle rassure sur le fait que les sujets ne sont pas oubliés, et elle évite qu'ils s'invitent en urgence dans le trimestre en cours.

    L'erreur classique est de donner à « Ensuite » la même précision qu'à « En cours ». Cette précision est fausse, et elle sera lue comme un engagement.

    Les points de réévaluation trimestriels

    Une date fixe dans le calendrier, une demi-journée, quatre questions dans l'ordre.

    Qu'est-ce qui a changé dehors ? Nouvelles capacités disponibles, changements de prix, évolution des conditions d'usage des données, contraintes réglementaires nouvelles. Sur ce dernier point, on note les faits et on renvoie au conseil juridique quand il faut trancher — ce que j'écris ici n'est pas un avis juridique.

    Qu'est-ce qu'on a appris dedans ? Résultats des jeux d'évaluation, coûts réels observés, taux de correction, retours des utilisateurs.

    Quels paris sont désormais improbables ? On les arrête. C'est le point le plus difficile et le plus rentable. Un pari qu'on prolonge « parce qu'on a déjà investi » consomme la capacité qui manquera au suivant.

    Qu'est-ce qui monte de « Ensuite » vers « En cours » ? Avec la même rigueur de formulation que les autres.

    Le seul élément qui ne se renégocie pas à cette réunion, ce sont les critères de succès des chantiers en cours. Un critère qu'on ajuste parce que le résultat n'est pas au rendez-vous ne mesure plus rien.

    Ce qui n'a rien à faire dans cette roadmap

    Un nom de fournisseur comme intitulé de chantier. C'est un choix de mise en œuvre, il se documente ailleurs.

    Une ligne « acculturation IA » sans population ni objectif. Ça se transforme en trois webinaires suivis de rien.

    Des chantiers dont personne n'est propriétaire. Ils occupent de la place et créent l'illusion d'une stratégie.

    Un engagement sur une date de livraison à neuf mois pour un chantier dont on ne sait pas encore s'il est faisable. Engage-toi sur la date de décision, pas sur la date de livraison.

    À vérifier sur ta roadmap actuelle

    Relis-la et compte les lignes qui contiennent un nom d'outil ou de technologie. Pour chacune, essaie de la réécrire en une phrase de problème, avec la population concernée et le critère de succès. Celles que tu n'arrives pas à réécrire sont exactement celles qui ne survivront pas au prochain changement du marché.

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