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    29 octobre 2026 · agents · roadmap · automatisation

    Marquer dans sa roadmap ce qu'un agent peut faire seul

    Une case à cocher dans mon backlog décide ce qui s'exécute sans moi. Les conditions qu'une tâche doit remplir pour la mériter.

    Par Marie Van Haecke

    Dans la roadmap d'un de mes projets, il y a une colonne de plus que d'habitude : une case à cocher, « exécutable par agent ». Chaque matin, un agent relit le tableau, prend les tâches datées du jour dont la case est cochée, et les fait. Deux mots dans un en-tête de colonne, et ça a changé ma façon d'écrire mes tâches bien plus que ma façon de construire mes agents.

    La case ne parle pas de l'agent, elle parle de la tâche

    Pendant longtemps j'ai réfléchi dans l'autre sens : qu'est-ce que je peux automatiser ? La question part de l'outil, et elle donne toujours la même réponse — ce qui est répétitif. C'est trop grossier pour décider quoi que ce soit.

    La question utile part de la tâche : est-elle écrite assez proprement pour que quelqu'un qui n'a pas ma tête la termine sans me poser de question ? Un agent n'est rien d'autre qu'un exécutant rapide, sans intuition et sans culot. Il ne te relancera pas pour demander si tu voulais vraiment dire ça. Il fera quelque chose, et ce quelque chose sera à ton image seulement si la consigne l'était.

    L'effet de bord est le plus intéressant : une tâche que je n'arrive pas à cocher est presque toujours une tâche mal écrite. Pas trop complexe, pas trop stratégique — mal écrite. « Revoir la page d'accueil » ne se coche pas. « Remplacer le titre de la page d'accueil par celui validé dans la note de positionnement » se coche.

    Les quatre conditions pour cocher

    • Un critère de fin vérifiable. Je dois pouvoir dire si c'est fait sans avoir à juger du goût : le fichier existe, les trois champs sont remplis, la page répond. Si le seul critère de réussite est « c'est bien », la tâche reste pour moi.
    • Un périmètre fermé. La consigne dit ce qu'elle touche et, surtout, ce qu'elle ne touche pas. Sans cette seconde moitié, un agent zélé refait la mise en page de trois autres pages au passage.
    • La matière déjà disponible. S'il doit aller chercher une décision que je n'ai pas prise ou une information qui n'existe que dans ma tête, il va l'inventer. Ce n'est pas un défaut de l'outil, c'est le mien : j'ai daté une tâche qui n'était pas prête.
    • Un échec réversible. La vraie question n'est pas « est-ce qu'il va réussir », c'est « qu'est-ce que ça coûte s'il rate ». Un fichier mal écrit se réécrit. Un e-mail parti à une liste ne se rattrape pas.

    Les trois premières conditions se corrigent en réécrivant la tâche. La quatrième ne se corrige pas : elle est dans la nature de la tâche. C'est celle qui tranche.

    Ce que je ne coche jamais

    Trois familles, et je les tiens même quand je suis en retard.

    Les décisions. Choisir un nom, arbitrer un prix, trancher entre deux directions. Un agent produira dix options très correctes, ce qui ne fait pas avancer d'un centimètre une décision qui m'appartient.

    Ce qui engage vis-à-vis de quelqu'un. Un message à un client, une réponse à un prospect, un devis. La préparation se délègue, l'envoi non.

    Le premier exemplaire d'une série. Tant que je n'ai pas vu un exemplaire qui me convient, l'agent n'a pas de référence et je n'ai pas de critère. Je fais le premier à la main, je le garde comme modèle, et seulement ensuite je coche les suivants.

    En revanche, je ne garde plus par principe les tâches que je refusais « parce que c'est trop délicat ». Au troisième passage sans être cochée, une tâche n'est généralement pas trop délicate : elle est trop grosse. La bonne réaction est de la redécouper en une partie mécanique, qui se coche, et une partie décision, qui reste à moi.

    La date fait autant de travail que la case

    La case dit qui exécute, la date dit quand. Sans date, un agent qui passe le matin vide la file entière, et tu découvres à midi quinze tâches faites dont trois mal comprises.

    Daté, c'est l'inverse : ça m'oblige à étaler, et ça borne les dégâts d'une mauvaise consigne à une journée de travail. Je m'en sers aussi comme d'un frein volontaire. Quand je ne suis pas sûre d'une tâche, je la date trois jours plus tard — si je ne l'ai pas réécrite d'ici là, c'est qu'elle était bonne.

    Garder la trace, chantier par chantier

    Je demande à cette roadmap de conserver le détail de ce qui a été livré, chantier par chantier, comme une roadmap pilotée avec une équipe de développeurs. Pas pour l'archive : pour deux usages précis.

    Savoir sur quoi je construis, d'abord. Six semaines plus tard, personne ne se souvient de ce qui a été fait et de ce qui a été abandonné.

    Réutiliser les formulations qui ont marché, ensuite. Une tâche qu'un agent a exécutée proprement n'est pas seulement une tâche finie, c'est un modèle de consigne. J'en ai tiré plus de valeur que de n'importe quel guide de prompts : ce sont mes mots, sur mon travail, avec la preuve que ça passe.

    Le geste utile cette semaine

    Prends les dix prochaines tâches de ta liste et passe-les une par une au test des quatre conditions. Tu vas probablement en cocher deux ou trois, et c'est normal.

    Puis prends une des tâches refusées et réécris-la jusqu'à ce qu'elle passe. Tu n'as pas besoin d'un agent pour sentir le bénéfice : une tâche assez précise pour être déléguée à une machine est aussi une tâche que tu ne repousses plus, parce qu'elle a cessé d'être floue.

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